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fév 18

De l’infantilisation des utilisateurs et de l’importance du logiciel libre sur le bureau.

Récemment, l’aperçu d’une fonctionnalité du futur OS d’Apple, 10.8 alias Mountain Lion a fait couler de l’encre numérique.

En effet, une énorme nouveauté est apparue : gatekeeper, qu’on peut traduire par gardien, mais qui serait plus au final un douanier.

En liaison avec le magasin d’applications d’Apple, cela permettra d’être tranquille : on pourra soit utiliser uniquement des applications en provenance du magasin d’applications d’Apple, soit les applications en provenance du magasin d’applications d’Apple et de développeurs autorisés, soit – et c’est le comportement actuel, de partout, et même des sites officiels des logiciels.

Tristan Nitot sur son blog a parlé en terme clair de ce douanier. Je cite la conclusion de l’article :

Au final, Apple joue sur la peur des utilisateurs et l’envie des développeurs d’utiliser des fonctionnalités innovantes pour gagner encore plus de contrôle sur son écosystème, aux dépends des utilisateurs. Je pense que c’est un modèle de société qui est à l’opposé de ce que je souhaite : je préfère la liberté et le désordre occasionnel à l’ordre parfait.

On pourrait se dire : c’est le patron de Mozilla Europe, qui produit un navigateur concurrent à Safari, donc il casse l’idée d’Apple.

Mais ce n’est pas le seul. Cédric Bonnet ne mâche pas ses mots, et sur un article assez bien construit, il parle carrément de minitélisation de l’ordinateur… Je cite :

Mettre iOS dans un Mac pour en vendre, ça marchera peut être mais pas pour moi… La minitelisation de mon ordi (au sens tu n’utilises que les services prévus pour ou validés par nos soins) je suis contre. Twitter intégré à l’OS, ok mais si j’utilise Facebook? ou G+? Je n’aurai pas la même expérience qu’avec twitter et en ça je n’aime pas que l’on choissise pour moi…

Dommage, j’ai switché il y a quelques années et j’ai adoré Mac OS X au point de faire switcher pas mal de monde, là c’est switch back dans les mois qui viennent et même Julien (oui celui de Geek Inc) vient de lâcher son iPhone et son iMac… Signe que Apple ne nous touche plus depuis longtemps…

Mais cette tendance ne touche pas que les ordinateurs fruités. Dans un excellent article, Cyrille Borne nous dit que Canonical veut faire à peu de chose près le même chemin, sauf qu’il emploie du logiciel libre.

Unity dont nous sommes nombreux à nous plaindre est au centre de la stratégie de conquête de Canonical, téléviseurs, tablettes, smartphones, ordinateurs, comment la firme peut-elle envisager de faire autrement que de jeter l’intégralité de ses forces dans cette bataille qu’elle va perdre ? Pour ma part je ne peux que saluer l’action courageuse de Canonical qui vient de passer la vitesse supérieure pour foncer dans le mur, un crash qu’il va falloir surveiller. J’ose le pari risqué, il faut bien en faire quelques uns, Canonical n’a pas d’avenir et ne survivra pas face aux géants déjà dans la place et nous serons bientôt dans une situation à la Mandriva. Vigilants car ce sera le top départ pour changer de distribution bien sûr, en même temps ça nettoiera un peu distrowatch et ses trop nombreux forks de la distribution reine. En ce qui concerne l’interface en elle même, elle est tout simplement mauvaise. J’avais réellement pensé que c’était un problème d’âge, mais pas du tout, j’utilise android de façon quotidienne et sans aucun problème alors que les deux interfaces jouent dans la même catégorie, je suis quasiment persuadé que je n’aurais pas de souci avec iOs, il faut que je teste Gnome 3 pour voir où on en est.

Car le magasin d’applications d’Apple (ou celui du futur échec MS Windows 8 ) reprend des principes assez anciens, et aussi vieux que les distributions linux : un dépot de logiciels, signés (pour éviter les mauvaises surprises, mais avec du temps, de la puissance de calcul et quelques manipulations on peut mettre à mal ce genre de sécurité), payant ou pas.

Et si cela fonctionne très bien pour le logiciel libre, c’est qu’il y a la possibilité d’avoir plusieurs dépots complémentaires, et non un dépot central où tout le monde doit déposer ses applications.

Ce qui est plus pervers, c’est l’infantilisation des utilisateurs, car il est bien connu que les utilisateurs sont la cause première d’ennui, le bon vieux PEBCAK, et qu’il faut donc limiter les nuisances potentielles.

Comme toujours, la route de l’Enfer est pavée de bonnes intentions. Car cela permet de contrôler l’utilisateur, et lui dire qu’il ne peut utiliser que tels ou tels logiciels pour telle action. On finit par se retrouver un peu dans le monde du « droit de lire » qu’avait jadis écrit Richard M. Stallman, et il suffit de remplacer les livres par des logiciels pour comprendre sa douleur.

Oui, les utilisateurs du logiciel libre sur le bureau représente environ 1% des utilisateurs totaux. Et après ? Ce sont la plupart du temps des personnes qui savent se débrouiller avec l’outil informatique. J’utilise pour ma part du logiciel libre la plupart du temps. Et le seul logiciel non libre sur ma machine est actuellement… Flash.

Oui, pour pouvoir utiliser Bandcamp et deux ou trois sites qui ne fonctionne qu’avec Flash. Pour le moment, le pilote propriétaire de ma carte Nvidia me fait crasher à mort le shell de Gnome 3. Bug connu en espérant qu’il sera corrigé rapidement, même si le pilote NouVeau fonctionne très bien de nos jours.

Il est vrai que c’est déroutant au début pour une personne de voir qu’il peut exister plusieurs interfaces graphiques différentes, plus ou moins répandues, plus ou moins dépendantes d’une distribution, plus ou moins clinquantes. Et d’être perdu. Il est vrai qu’on passe d’un monde qui vous prémâche tout à un monde où il faut apprendre à mastiquer, c’est assez dur :)

C’est cela qui fait peur, et certains « utilisateurs avancés » qui ne jurent que par le commercial et les jeux 3D (qui n’apporte rien en terme de jouabilité et de durée de vie) méprisent le monde libre, en disant : « Ouais, mais ça fait pas tourner mon Photoshop cracké acheté, ouais, mais y a pas mon FPS préféré… »

Que les personnes en question se rassurent. Il n’est nul besoin d’avoir le dernier Photoshop pour retoucher des photos, ni le dernier FPS à la mode, qui a une durée de vie de 15 heures avec du vent dans le dos, pour s’amuser.

Et que les personnes qui utilisent depuis des années – en ce qui me concernent à temps plein depuis environ 6 ans – du logiciel libre ne sont pas restreinte en terme d’utilisation. Au contraire, elles n’ont que l’embarras du choix pour utiliser ce qu’elles ont envie d’utiliser.

Que les utilisateurs conscients du logiciel libre soient peu nombreux, soit. Mais sans le logiciel libre, je ne pense pas que l’on connaîtrait l’internet tel qu’il existe actuellement. Vous savez, ce réseau qui existait avant FesseBouc et qui existera après lui.

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